Six siècles d'histoire des femmes au Musée de Gouda
Le samedi 8 mars, à l'occasion de la Journée internationale des femmes, le Musée de Gouda inaugure l'exposition « Ongehoord – Verzamelde vrouwen » (Inouïes – Femmes rassemblées). Cette exposition propose un regard sur l'histoire des Pays-Bas à travers le prisme de plus de trente femmes, de la comtesse Jacoba de Bavière à la sage-femme Anna van Hensbeek, en passant par l'artiste Charley Toorop et la Goudse Rkia Majourhate. À travers ces récits personnels, l'exposition met en lumière la place de la femme au cours des six derniers siècles. Les vagues d'émancipation semblent sans cesse susciter des réactions conservatrices – il n'y a rien de nouveau sous le soleil. Dans le passé aussi, les femmes jouaient un rôle indispensable dans la société.
En 2024, la conservatrice Jorien Soepboer a mené des recherches sur plus de trente femmes figurant dans la collection du Musée de Gouda. Artistes, modèles et personnages historiques ont ainsi retrouvé un nom, ou l’ont au contraire perdu faute de documentation. Ensemble, ces femmes brossent le portrait de « l’autre moitié » de l’histoire de notre pays. L'historienne Femke Deen, compilatrice du livre Moeders des Vaderlands (Mères de la Patrie), replace les femmes représentées dans leur contexte historique. D'un point de vue juridique, les femmes ont été considérées comme inférieures aux hommes pendant des siècles : ce n'est qu'en 1956 que la loi sur l'incapacité juridique a été abolie et que les femmes mariées ont été autorisées à travailler, à ouvrir un compte bancaire et à voyager sans autorisation. Mais même si l'égalité était souvent loin d'être une réalité formelle, les lois et les règles ne correspondent pas toujours à la réalité. Les femmes jouaient des rôles cruciaux dans la société, malgré leur exclusion structurelle de nombreux domaines de la vie publique et professionnelle.
Les failles d’un monde d’hommes
Au XVIe siècle, l’idéal féminin est celui d’une femme modeste et attentionnée qui s’occupe du foyer. Mais une femme comme Lydia van Rijswijk (1525-1602) s’implique activement dans la gestion financière de sa famille et intente elle-même plusieurs procès. L'artiste Cornelia de Rijk (1653-1726) est une peintre à succès spécialisée dans les oiseaux et les paysages, comparée à son époque à d'Hondecoeter. Après le décès de son mari, elle devient le soutien de famille, gère un magasin de peinture et complète ses revenus provenant de commandes en donnant des cours de peinture. Au début de l’époque moderne, les femmes de toutes les couches de la société jouissent d’une indépendance considérable, mais elles ne laissent que peu de traces tangibles. Dans les archives, la plupart des femmes sont simplement désignées comme épouse, mère ou fille d’un homme.
Le travail des femmes
Dans le sillage de la Révolution française de 1789 et des Lumières, les femmes bénéficient temporairement d’une plus grande liberté, mais le XIXe siècle voit s’installer une réaction conservatrice qui les relègue résolument à la sphère domestique. Les métiers artisanaux que les femmes exercent depuis des siècles deviennent tabous et les ouvrières pauvres qui doivent travailler gagnent beaucoup moins que les hommes, comme les fabricanteuses de bougies que Jan Toorop immortalise en 1905. À la fin du XIXe siècle, cette inégalité donne naissance au premier véritable mouvement d’émancipation. L'Exposition nationale du travail féminin offre une tribune au talent féminin, comme celui de la graveuse sur verre Johanna Breebaart. Les femmes sont admises dans les écoles d'art aux Pays-Bas et à l'étranger, et remportent des prix et des bourses, à l'instar de la peintre Barbara van Houten (1862-1950). En 1919, le fer de lance du mouvement se concrétise : le droit de vote des femmes.
Vagues d'émancipation
Entre les deux guerres mondiales, une nouvelle ère semble s'être ouverte : les femmes font leur entrée dans la politique, les sciences, la musique et la littérature. Les sœurs Constance et Péronne Arntzenius, souvent immortalisées dans leur jeunesse par le peintre Tholen, font usage de leurs libertés sans crainte. Dès les années 1910, elles voyagent à travers les États-Unis, le Canada et le Mexique, telles des routardes avant la lettre. En chemin, elles gagnent leur vie grâce à leurs talents de chanteuses, à la photographie et au cinéma. Mais dans les années 1950, les femmes sont à nouveau massivement confinées dans l’idéal de l’épouse gracieuse derrière son évier. Cela conduit, à la fin des années 1960, à une deuxième vague féministe. Les femmes montent au créneau contre les inégalités et pour le droit de disposer de leur propre corps. Josine de Bruyn Kops (1940 – 1987) joue un rôle important en tant que directrice du Musée de Gouda ; elle est la première à mener une politique féministe et à acquérir des œuvres d’artistes femmes.
Modèles à suivre
En 1971 encore, le code civil stipulait que l'homme était le chef de famille et qu'une femme lui devait obéissance. Ce n'est que depuis cinquante ans que les femmes sont réellement égales aux hommes sur le plan juridique – un instant à l'échelle de l'histoire. L'espoir que l'émancipation soit achevée après la deuxième vague féministe s'avère prématuré. De nouveaux modèles restent nécessaires, comme Rkia Majourhate, une femme marocaine de Gouda pleine de force, immortalisée par le photographe Khalid Amakran. L'histoire montre que l'émancipation suscite sans cesse une réaction de rejet ; c'est un mouvement ondulatoire permanent. Le récent durcissement mondial de la législation sur l'avortement et l'émergence des nouvelles femmes au foyer, les « tradwives », illustrent la fragilité des acquis actuels.
La recherche consacrée aux femmes de la collection du Musée de Gouda a été rendue possible grâce à la bourse pour conservateurs octroyée par le Fonds culturel.